Carnet de route

Lettre de Mr Paul Keller

Le 08/04/2008 par

Quelle montagne ?  

 

         La montagne, celle que nous aimons, n'est pas un produit de consommation. Quand elle le devient, elle devient aussi un objet, elle est chosifiée. Mais la montagne, celle à laquelle nous tenons et qui nous tient, est un milieu, un monde dont les multiples facettes peuvent être distinguées, non séparées. Ce sont les composantes d'un même univers dont la spécificité et même la personnalité sont faites d'un ensemble de caractères physiques, de traditions et d'un imaginaire qui en font une réalité vivante, donc globale.

            Pour le citadin en particulier, "aller en montagne" n'est pas seulement changer de lieu ; c'est passer d'un monde à un autre, c'est découvrir et fréquenter une réalité autre. Quand on dit qu'on "aime la montagne", c'est de cette réalité globale que l'on parle, même si on en privilégie occasionnellement l'un des « éléments », neige, glace ou rocher. L'alpinisme et la randonnée sont, avant tout, confrontation à cet autre que la montagne est pour l'homme, un monde à connaître et où l'on prend plaisir à inventer son chemin.

 

            Aujourd'hui, l'unité et l'altérité de la montagne sont gravement menacées car la tendance qui s'accentue chaque jour davantage, est non seulement de socialiser et d'urbaniser la montagne, mais aussi de la morceler, d'en spécialiser les pratiques et, pour tout dire, de la décomposer. Cette tendance incite moins à faire de la montagne qu'à pratiquer des activités sportives en montagne. La démarche est, certes légitime – tant qu'elle n'est pas monopolistique. Car, en voulant s'approprier la nature, l'homme en réduit la différence et tend à la conformer à ce qu'il est. Pour mieux l'humaniser, il va jusqu'à la dénaturer. Il souhaite y trouver sa propre image, cherche la confrontation avec lui-même ou avec ses semblables, plutôt que la rencontre d'un vis à vis, tour à tour partenaire, complice ou adversaire. Cette pente est largement exploitée par le marché du tourisme, avec ses aspects économiques, médiatiques, politiques et même sportifs quand l'accent est mis sur la performance et la compétition. C'est une tendance à laquelle nous participons tous ...

 

            Cela dit, je ne crois pas que s'efface l'attrait de la montagne comme réalité globale. Il est souvent masqué, peu valorisé, mais il  n'a pas disparu. L'alpinisme est peut-être en baisse actuellement, mais il n'y a jamais eu autant de randonneurs pour qui la montagne est à découvrir, à admirer, à respecter dans son unité vivante, aimable et redoutable à la fois.

Cette montagne là a besoin d'un espace qui lui soit propre. C'est cette montagne qu'il importe de ne pas laisser dépérir dans nos paysages et notre environnement, dans nos pratiques et, plus encore, dans notre culture. Aussi l'OPMA (Observatoire des pratiques de la montagne et de l'alpinisme) pose-t-il à tous les alpinistes cette question : « Quelle montagne pour quels montagnards ? ».

                                                                                        

Un mot encore. Avec la randonnée d'été ou d'hiver, l'alpinisme est l'une des portes d'entrée dans l'univers de la montagne. La plus significative, certainement. C'est celle qui donne accès à la haute montagne. L'alpinisme en particulier, combine plusieurs disciplines permettant d'y évoluer, car on ne va pas en haute montagne sans un apprentissage,  technique entre autres, et surtout sans la conscience vive que celle-ci réserve toujours des surprises et comporte toujours des risques. La rencontre avec la montagne se prépare. Elle est affaire d'imagination, d'invention et de formation.

Cette rencontre comporte des risques, si bien que l'alpinisme est toujours une aventure qui a ses contraintes propres et qui, par définition, ne peut être entièrement soumise à des directives ou à des règlements imposés de l'extérieur. Car une aventure sans risques n'est pas une aventure. Celle-ci implique liberté, acceptation du risque et responsabilité. L'alpinisme est une forme d'aventure où l'on s'engage avec l'espoir de découvertes heureuses, malgré les difficultés ou les dangers qu'il faudra surmonter. En montagne comme ailleurs, se risquer c'est aller de l'avant et s'ouvrir à de nouveaux possibles. Mais ce n'est pas faire n'importe quoi                                              

       Paul Keller    (juillet 2006)

 

 







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