Carnet de route

Assumer le risque: Mr Paul Keller

Le 19/01/2008 par

Risque et autonomie.

(débat CAF / OPMA, Grenoble 25 nov. 2003)

                                                

            Il faut réhabiliter le risque !  

            Si le plaisir est, pour nous tous, l'un des principaux ressorts de notre pratique de la montagne, il faut ajouter que le plaisir n'est jamais immobile. Il dépend de notre manière de le gérer. C'est ici que le risque prend place comme une composante de nos pratiques et du plaisir que nous y trouvons.  Réhabiliter le risque pour pouvoir le gérer, le cultiver, l'assumer.        3 remarques

1.  La question du risque se présente comme un seuil, comme une ouverture sur des possibles. Du nouveau se présente (rencontre, difficulté, aventure, passage) et m'interroge : " j'y vais ou j'y vais pas ? ". Ce possible nouveau comporte deux versants : l'un, auquel on pense surtout, est menaçant (danger, accident, mort même) ; l'autre est une chance offerte, un plus, un surcroît de plaisir et de vie.  Il faut évaluer, se décider, prendre ou ne pas prendre le risque.            La question se pose en montagne devant un passage ou avant de s'engager dans une voie. Mais elle se pose aussi et surtout dans l'existence habituelle, quand on est témoin d'une agression, ou dans un débat, un engagement, ou devant un choix politique. Toute rencontre est un risque (celui de changer p. ex…). Vivre est risqué (dès la naissance).  On peut reculer, être prudent , ce qui est honorable  mais peut-être regrettable. On peut aussi se demander comment faire face, être en mesure de se risquer, de courir un " beau risque ", comme disaient les grecs d'antan !

 

2.  C'est ici qu'il faut parler d'autonomie; C'est la capacité d'assumer personnellement un choix, une décision, une responsabilité. Celle d'inventer soi-même le chemin.  L'autonomie n'est pas l'indépendance d'un individu qui se prétendrait sans aucun lien. Il est lié, relié, mais non assujetti. L'autonomie ne va pas sans les autres, n'isole pas, mais assume la décision prise avec ou sans les autres. Même lié et solidaire, ma responsabilité est entière.

            L'autonomie suppose la liberté, celle d'évaluer la situation et de l'affronter de manière responsable. Mais cela suppose aussi qu'existent des espaces de choix, de risque, où tout n'est pas aménagé, réglementé, " tout fait ". Être libres et autonomes – ensemble, donc responsables les uns des autres. L'autonomie s'apprend. Comme la liberté.

 

3. C'est pourquoi, la pratique de l'alpinisme a une utilité sociale et une valeur formatrice.  Dans la société, les risques sont divers, mais ce ne sont pas seulement des menaces et des dangers à écarter ou à fuir, comme on tend à le croire. Il est détestable de n'envisager que le versant négatif du risque et de faire de la sécurité un idéal de vie.   Le risque est ouverture aussi, chance. La vie n'est pas un QHS (" quartier de haute sécurité ").

            Nous vivons dans une société où l'insécurité existe. Nous vivons dans « une société du risque » où nous devons faire face à des menaces économiques (chômage, précarité) ou écologiques (pollutions de toutes sortes) dues à la vie moderne et à la mondialisation. Aussi la tendance générale est-elle de vouloir mener une existence sécurisée et de demander aux pouvoirs publics la protection de mesures sécuritaires. Pour autant, le désir ou la nécessité de combattre l'insécurité sociale ne saurait conduire à faire de la sécurité un idéal de vie. Le culte de la sécurité et la sécurisation à tout prix, menacent l'initiative, l'invention, l'autonomie - et déresponsabilisent.  C'est l'un des plus grands risques ! Celui de l'enfermement.           

Réhabiliter le risque, c'est vouloir développer nos compétences, la conscience de nos limites et le sens de la responsabilité. C'est refuser le statu quo et chercher ce qui peut faire avancer ou renouveler la vie personnelle et collective. C'est vouloir se rendre capable d'évaluer les possibles et d'assumer des choix porteurs d'avenir, etc…

             A cet égard, l'alpinisme est une école et les fédérations ou clubs tels que les CAF ont un véritable service public à remplir.

                                                                                                                                             Paul Keller

                                                                                             







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